Thèses et travaux                Publications                    Retour page d’accueil      ãBenoit Virole

 

Lecture par chronologie descendante (2016–1989)

 

 

 

Troisième Topique

 

Ce texte présente,  réévalue, et complète  les thèses qui sont développées in extenso  dans les ouvrages suivants : Sciences cognitives et psychanalyse (1995),  La complexité de soi (2011), Éloge  de la pensée autiste (2015) et dans les articles consultables sur le site www.benoitvirole.com. Notre thèse centrale est que l’investissement récursif du narcissisme sur le moi primitif  modifie son organisation en différenciant une nouvelle instance, le soi, dont la dynamique structurelle est celle d’un système complexe. Des faits fondamentaux issus de la psychanalyse, de l’anthropologie et des sciences cognitives peuvent alors être compris dans le cadre d’une théorie unifiée.    

 

Résumé organique. – De l’inter-connectivité neuronale émergent des processus cognitifs de catégorisation et d’indexation symbolique qui constituent le premier niveau de l’activité mentale. Ce premier niveau cognitif est biologiquement orienté, en grande partie génétiquement déterminé. Il comporte les affordances adaptatives[1], les réflexes, les scripts comportementaux innés. Ce niveau suit un développement ontogénétique et perdure à l’âge adulte. Son développement initial constitue le moi primitif orienté vers des objets externes sélectionnés pour leur  valence adaptative (saillances, contours, stimuli prégnants). Sur cette orientation du moi vers les objets adaptatifs, se produit chez l’homme un phénomène singulier qui est l’étayage de la pulsion sexuelle. L’indépendance de la pulsion sexuelle vis-à-vis des buts de la reproduction et sa constitution en composants partiels associés aux organes d’échanges entre milieu intérieur et milieu extérieur (zones érogènes) est un fait démontré par la psychanalyse. Certains objets adaptatifs externes sont investis de sexualité (libido). Leur retrait ou leur absence génère des réactions comportementales biologiquement déterminées (frustration, colère, dépression) mais il génère une représentation interne (« hallucination de désir ») de l’objet manquant permettant ainsi la genèse de la pensée. Le moi contient ainsi en lui une représentation de l’objet manquant. Cette inclusion dans le moi de la représentation d’un objet externe impose une différenciation. Celle-ci est la base du retour récursif de l’amour du moi pour le moi en constituant à l’intérieur de celui-ci la différenciation d’une instance organisée que nous nommons le soi. La récursivité du narcissisme différencie une part du moi en une instance dotée d’une dynamique structurelle particulière qui est celle des systèmes complexes. Le soi possède des propriétés particulières (holisme, stabilité structurelle, sensibilité aux conditions initiales, singularité, historicité) et des assume trois fonctions : (1) cohésion cognitive permettant l’intégration des données perceptives par l’intentionnalité, la conscience de soi et l’image du corps ; (2) la virtualisation par la genèse d’un espace mental où le moi est représenté par un actant au sein de scènes virtuelles permettant l’anticipation, la remémoration mais aussi la rêverie ; (3) l’individuation par le jeu différentiel des identifications au sein de l’organisation  du soi définissant des places  structurales. Le soi possède sa propre psychopathologie, particulièrement observable dans les troubles dits du « spectre autistique » et dans les dépressions narcissiques, dans les addictions  et  sa prise en considération a des incidences dans la technique psychothérapeutique.  Sur un plan épistémologique, notre conception du soi définit une troisième topique permettant de concilier les apports centraux de la psychanalyse, de l’anthropologie structurale et des sciences cognitives. Elle ouvre des perspectives pour la compréhension des aliénations idéologiques et religieuses.

 

 

Conférence vidéo de présentation de l’ouvrage éloge de la pensée autiste

 

L’islam à l’épreuve de la pensée critique

 

À partir des apports des sciences humaines, sociologie, histoire des religions, psychanalyse, sciences cognitives, nous mettons en réflexion quelques spécificités  de l’islam, centrées sur la structure de sa croyance, le recours au raisonnement par cas , la disjonction entre fait et cause, l’indistinction entre politique et religieux, le non sens de l’individualité. Ces spécificités rendent objectivement difficile la coexistence  de l’islam avec la raison laïque dont les fondements sont apodictiques (démonstration par le principe de non contradiction)  et où la séparation entre politique et religieux est une exigence centrale. 

 

 

Les neuf modèles de l’émergence

 

Afin de clarifier la notion d’émergence, nous identifions  neuf modèles  permettant de comprendre l’existence de phénomènes nouveaux pouvant être considérés comme  émergents. Nous concluons sur l’intérêt de limiter l’usage du terme d’émergence aux phénomènes non déductibles de la connaissance des propriétés antécédentes d’un domaine considéré. Enfin, si certains de ces modèles présentent une autonomie interne leur permettant d’éviter le recours à  une détermination extérieure,  la plupart ne peuvent pas s’émanciper du recours à une fonction externe inconnue.

 

Conférence en vidéo Les neuf modèles de l’émergence

 

Immersion dans les mondes virtuels  et émergence de l’intentionnalité

 

Conférence au congrès de Perspectives Psychiatriques

 « L’intelligence artificielle au défi de l’intersubjectivité »

13 Mars 2015

 

MOOC sur le numérique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2015

 

 

 

 

EAC 2015

Distribution VRIN

Commande FNAC, Amazon…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

           2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éloge de la pensée autiste

 

L’autisme est considéré comme un ensemble de régulations nécessaires à la stabilité structurelle du soi, organisation psychique émergente de la complexité neuronale. La cohésion du soi est fragilisée par une altération de la constitution des objets mentaux unifiées par l’intentionnalité (synthèse objective). L’échec de la stabilité structurelle du soi autistique entraîne en retour une sémiologie négative (trouble de la régulation, dissociation, désorganisation fonctionnelle). Une typologie nouvelle des signes autistiques  bâtie sur leurs fonctions régulatrices est proposée (en sept classes) et les contours d’une psychothérapie phénoménologique, centrée sur la compréhension du rapport autistique au monde, sont esquissés.

 

Résumé

 

1.     La génétique de l’autisme n’est pas systématique, ni mendélienne. Il existe des formes phénocopiques. Le déterminisme de l’autisme est donc complexe au sens scientifique. La neurobiologie révèle une diversité de structures impliquées dans la survenue des états autistiques alors qu’il existe une unité sémiologique (les symptômes cardinaux). Les approches de neuropsychologie cognitive révèlent une diversité de singularités cognitives, généralement déficitaires, mais ne parviennent pas à établir ni une correspondance claire (bijective) entre les fonctions cognitives et les symptômes observés, ni à l’établissement d’un trouble primaire. En psychanalyse, l’autisme est interprété comme un trouble primaire des relations objectales. La psychanalyse n’est pas parvenu pas à rendre compte de l’ensemble des faits autistiques et a rencontré des contradictions (narcissisme primaire). Il est nécessaire de repenser différemment l’autisme à partir des résultats déjà obtenus : (1)  au niveau global et non d’un déterminisme linéaire, (2) et ne pas partir de l’individuation.

 

2.     Nous devons revenir aux observables spécifiques de l’autisme en les considérant de façon a-théorique sur le plan purement phénoménal. Nous sélectionnons un premier fait observable que nous rehaussons comme de valeur cruciale pour l’interprétation de l’autisme : (1) il existe une résistivité de l’autisme imposant la notion de stabilité structurelle d’une entité, le soi. Toute tentative de modification brutale (intrusion) changement drastique, interprétation, est vouée à l’échec ou induit des désorganisations. Donc les mécanismes autistiques sont des processus de régulation  nécessaires à la stabilité structurelle du soi. Les notions de stabilité structurelle, de régulation et de sensibilité aux conditions initiales suggèrent la métaphore de système dynamique complexe car elles en constituent ses propriétés spécifiques.

 

3.     Nous devons en inférer que le bon niveau d’explication de l’autisme est celui d’une instance globale, holistique, maintenant sa cohésion par des régulations (émergent du système dynamique complexe des interactions neuronales). L’identité de cette instance est celle du fonctionnement mental, de l’esprit, du psychisme. Comme elle liée à la réflexivité, nous la nommons le soi et la décrivons sans préjuger de l’ensemble de sa nature, par les propriétés des systèmes complexes, holisme, régulation, sensibilité aux conditions initiales, historicité, singularité, structure d’attracteurs, dynamiques de conflits et d’évolution (instances psychiques, intégration des topiques freudiennes. Ce point de vue permet d’intégrer les différentes acceptations (conscience, psychisme, moi, sujet comme des instances du soi). 

 

4.     Les signes autistiques sont des formes de régulation spécifique pour maintenir la cohésion minimale du soi.  Ils sont variables en regard de la diversité des causes mais ils sont unitaires et classés en sept  catégories.

 

5.     Le deuxième fait crucial concerne la nature topologique des formes et dynamiques électives observables dans la catégories des émergences. Primitivement, ce sont des esquisses primaires de la construction objective qui se transmuent ensuite dans les compétences électives.  Donc,  (1) l’intérêt électif porte sur des esquisses primaires de la perception visuelle (2D),  sur des morphodynamismes et des points singuliers (catastrophes de perception) (en vision, en audition) ; (2) l’immutabilité est liée à une temporalité cyclique et non linéaire et (3) les compétences particulières résident dans l’établissement de références spatiales ou temporelles, dans l’itération d’algorithmes, dans une mémoire eidétique, sans bornes, sans limite d’horizon. 

 

6.     Nous interprétons ces faits en regard du processus fondamental de la synthèse objective (inspirée de la phénoménologie d’Husserl), base de la mentalisation en ce qu’elle permet la construction des objets mentaux (représentations et  scripts d’action). La synthèse objective implique : (1) la mobilité kinesthésique pour l’acquisition des facettes multiples ; (2) l’intentionnalité (regard, écoute) pour parvenir à la fusion cohésive -les différentes facettes des objets sont données toujours partiellement par la perception et permettent la construction de l’objet avec son optimum prototypique et son extremum horizon  ; (3) le retour sur soi par les contrôles efférents et images miroirs des dynamiques observées ; (4) l’intervention de l’autre à des moments critiques du développement de la synthèse objective (attention conjointe, partage émotionnel).

 

7.      L’ensemble de ce processus implique des ressources neurocognitives et le bon fonctionnement des structures et fonctions sous-jacentes. Toute altération de ces ressources modifie la synthèse objective, l’empêche de se réaliser, totalement ou partiellement (d’où l’apparition des esquisses primaires), et perturbe son déploiement temporel (hétérochronie). L’intentionnalité chez les sujets autistes parvient à une synthèse objective lacunaire révélant en partie les étapes de l’objectivité. Les intérêts électifs, l’immutabilité, les compétences particulières, les relations sociales, le langage  sont des modes  pour la construction d’un monde objectif cohérent en compensant les altérations de la synthèse objective primaire par la construction de nouvelles références objectives (la ligne, le réseau, le maillage, le cycle marqué, l’arborescence, l’itération algorithmique, l’instantanéité).

 

8.     Notre approche par la synthèse objective présente un intérêt épistémique par sa capacité à intégrer les faits neurobiologiques, à être compatible avec les données de la psychanalyse et par l’établissement d’une psychothérapie phénoménologique de l’autisme basée sur la (compréhension de l’expérience perceptive et ontologique, le soutien intersubjectif par le partage de l’intentionnalité et le respect de la singularité sociale).

 

 

Le modèle SMIJ – descriptif de la pensée autiste

 

1.      S. La pensée autistique est caractérisée par une subversion (S) de la distinction catégorielle entre le temps et l’espace. Les structures électives de l’autisme sont le cycle, capture de l’espace par le temps, et le graphe orienté, capture du temps par l’espace. Il ne s’agit  ni du temps et de l’espace objectifs,  mais du temps et de l’espace subjectifs, reconstruits dans l’ordre de la mentalisation. Car si le temps et l’espace sont bien des conditions a priori de la connaissance, ils sont tributaires d’une organisation psychique. Dans l’autisme, cette organisation psychique se voit construite de façon distincte avec la possibilité d’élaborations mentales complexes dans des référentiels où le temps est projeté sur l’espace et inversement. Cette subversion de la séparation entre le temps et l’espace rapproche la pensée autistique des conceptions physiques contemporaines.

 

 

2.     M. Pour la pensée autistique, les singularités morphologiques (M) (contours de forme) et dynamiques (bifurcations de trajectoires)  priment en essence sur la constituance des objets, leurs usages et leurs sens. Cette subversion n’est pas une altération ou une déficience du contact au réel mais il est un autre regard porté sur le réel. En étant dégagé des sémantismes et des pragmatismes usuels, le regard autistique est animé d’une épistémologie de la connaissance proche de celle de la physique qui va au-delà des apparences pour rechercher les déterminismes sous-jacents.

 

 

3.    I. L’immutabilité (I) est la condition de l’invariance. La causalité n’est pas celle d’une précurrence où un agent externe est déduit de l’observation d’un évènement agi. Elle est la production d’une répétition dont l’immutabilité garantit l’existence de l’événement. L’autiste met en œuvre un solipsisme méthodologique extrême en construisant les conditions d’une expérience contrôlée. Il délimite un système fermé permettant la reproduction d’un phénomène dynamique qu’il parvient à reproduire.

 

 

4.    J. La jubilation esthétique (J). La construction d’une expérience morphodynamique complète suscite  chez les enfants autistes un éprouvé de plaisir manifesté par un déferlement émotionnel dans la motricité. Cette jubilation n’est pas une péripétie secondaire. Elle est constitutive du rapport étroit qui lie la connaissance et l’émotion esthétique. L’esthétique est un mode de connaissance où la distinction sujet objet se trouve subvertie. La jubilation de la personne autiste au contrôle de la bifurcation n’est pas la simagrée d’une volonté de toute puissance, elle est l’Aha-Erlebnis d’une pensée consciente de sa  mise en acte. 

 

 

 

Octobre 2014

 

La relégation du vestibule

 

Le vestibule, organe neurosensoriel de l’équilibre, est l’objet d’une négligence étonnante dans le champ scientifique et clinique. Les difficultés objectives de la vestibulométrie, le coût des équipements, le manque de personnel qualifié ne peuvent qu’en en partie expliquer  cette situation qui entraîne parfois une sous-estimation de la fonction du vestibule dans le développement de l’enfant. Car la clinique des troubles vestibulaires ne concerne pas uniquement les vertiges, les aréflexies vestibulaires responsables de retards à l’acquisition de la marche chez l’enfant[2], les dyspraxies développementales et les troubles de la construction de l’espace égocentrique, mais aussi l’ensemble de la clinique des mouvements dits « anormaux », observables chez le nourrisson (balancements), chez l’enfant autiste (stéréotypies), et des automatismes moteurs répétitifs. La négligence du vestibule ne peut être pas non plus être mise sur le compte d’une méconnaissance scientifique comme nous le montrerons par un exposé synthétique. Elle relève de déterminants plus profonds liés à la singularité de la fonction vestibulaire dans la construction développementale.

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Septembre 2014

 

Sémiologie autistique et surdité infantile

 

À partir de 93 observations recueillies sur une année (2013) de consultations psychologiques dans un service d’audiophonologie infantile (Hôpital Robert Debré – Paris), nous typons les tableaux cliniques rencontrés à partir de 7 signes d’alertes cliniquement observables évoquant des troubles du spectre autistique (TSA) : retrait relationnel (1),  fuite du regard (2),  mouvements anormaux (3), intérêts électifs (4), activités stéréotypées (5), registre émotionnel anormal (6), comportement auditif paradoxal (7). Sept enfants présentent une forme clinique apparentée aux TSA (DSM-5) soit 8% des enfants présentant des déficiences auditives de perception moyennes, sévères et profondes de notre échantillon (N=82) mais seuls trois présentent des TSA avérés (3.6%). Les autres cas sont des phénocopies autistiques nous amenant à discuter l’existence d’une hétérochronie et l’impact des implantations cochléaires. Les cas où les signes d’alerte se sont amendés renforce la nécessité  d’un diagnostic  précoce et d’une prise en charge immédiate au sein d’une équipe spécialisée (UTES).

 

Mars 2013 article de fond La technique des jeux vidéo en psychothérapie

 

La technique des jeux vidéo en psychothérapie analytique utilise le cadre de l’immersion conjointe entre thérapeute et patient pour favoriser l’expression de fantasmes, la perlaboration de situations traumatiques et une restauration narcissique. Par sa position empathique, alliant vigilance émotionnelle, curiosité bienveillante, neutralité, contenance et confiance dans la potentialité créatrice du patient, le thérapeute se voit utilisé pour sa capacité de mentalisation des expériences virtuelles.  La technique favorise l’installation de transferts complexes, où se mêlent la contenance maternelle, l’initiation paternelle et la rivalité d’alter ego.  L’interprétation du matériel recueilli suscite des réflexions  métapsychologiques en particulier sur les liens entre le psychisme individuel et les systèmes d’information.

 

 

 

 

Thèses présentées dans le livre La complexité de soi

 

 

1.     Le soi est une instance  holistique émergente de la complexité.

2.     Le soi est nécessaire à la cohésion des fonctions cognitives.

3.     Le soi assume la vicariance.

4.     Le soi est au sommet de la complexité de l’évolution somato-psychique.

5.     Le soi est le lieu topique des fonctions exécutives et de l’attention.

6.     L’attention constitue la synthèse objective (Husserl).

7.     La dégradation de l’attention  laisse apparaître les automatismes moteurs.

8.     La sexualité est au service de l’espèce mais elle contribue à la diversité interindividuelle par l’indépendance de ses objets.

9.     Les bases de la représentation mentale correspondent aux interactions contraintes par les dimensions de l’espace temps (René Thom).

10.  Le refoulement laisse passer les schèmes morphodynamiques qui deviennent des attracteurs pour de nouvelles représentations.

11.  Dans tout système complexe, il existe un angle de pénétration pour l’intelligibilité (Poincaré).

12.  Il existe une potentialité schizoïde présentant une valeur adaptative.

13.  L’autisme est une trajectoire vers une position subjective cristallisée.

14.  Dans tout système complexe, il existe un angle de pénétration pour l’intelligibilité.

15.  Toute entrave au programme nucléaire de soi (Heinz Kohut) enclenche une réaction psychopathologique.

16.  Tout matériel analytique peut se lire de façon complémentaire en terme de dynamique de soi et en terme de relations d’objets (Kohut).

17.  Les monothéismes sont des solutions  au problème de l’altérité.

18.  La fiction est une fonction nécessaire  pour l’entretien du soi.

 

La complexité de soi

 

 

 

2011

 

 

 

 

 

 

L’instance du soi

 

 

L’investissement narcissique du moi (le moi réceptacle de la libido) entraîne l’émergence d’une nouvelle instance, le soi.

 

 Le soi est une instance psychique de complexité maximale au sommet de l’évolution somato-psychique de l’individu. Sa prise en considération est nécessaire pour comprendre la psychopathologie et l’efficacité des psychothérapies. Les apports de Heinz Kohut et Bela Grunberger sont fondamentaux et prolongent la pensée freudienne en reconnaissant la permanence et l’importance des investissements narcissiques du moi. Le soi complète les topiques freudiennes. Il est une instance  de niveau intégratif supérieur aux instances de la première et seconde topique.

 

 

Le soi est singulier. Il est démarqué de l’environnement et maintient sa démarcation constamment menacée de dégradation. Il est cohésif et assure une causalité descendante sur les sous-structures qui lui sont inféodées. Le soi assume la cohésion des fonctions cognitives, la virtualisation des possibilités de réalisation de soi et l’individuation. Il performe de l’information sous une forme inédite, non déductible de ses sources. Il est donc doué de propriétés génératives et peut virtualiser son devenir. Enfin, sa cohésion peut être rompue. Il peut se désagréger et se rétablir sur des positions antérieures de développement. 

 

Le soi est une instance holistique émergente. Le développement psychique est un système dynamique complexe doté de propriétés auto-organisatrices. Tout système dynamique complexe doit se maintenir dans son environnement en délimitant par des interfaces actives ses échanges avec son environnement.  Il s’en différencie et peut l’influer par son action. Il s’autorégule en coordonnant ses échanges. En effectuant ces coordinations par des boucles de régulation, le système est amené à séquencer les opérations de traitement de l’information et à en stocker une partie. Il est obligé de se doter de capacités mémorielles et de créer des instances capables d’opérer des traitements et des sous-traitements. L’évolution ultime de ce système doté de propriétés auto-organisatrices est la génération d’une instance de plus haut niveau capable d’anticipation et de conscience de lui-même. Cette instance permet au système de s’auto-finaliser.

 

L’instance émergente est délocalisée dans l’ensemble des interactions des éléments du substrat. Elle est irréductible aux propriétés physiques des éléments constitutifs du système, en l’occurrence les neurones. Elle possède des propriétés qualitatives nouvelles qui ne peuvent être déduites des propriétés du système. Elle exerce une causalité descendante sur les systèmes sous-jacents de complexité moindre. L’instance holistique, le tout, a une influence contraignante sur les parties. Elle est capable d’intégrer sous une forme inédite des éléments issus des niveaux inféodés. Elle est imprévisible. De l’extérieur du système, nous ne pouvons pas prédire avec certitude son comportement même si nous connaissons les valeurs exactes de l’ensemble de ses paramètres. Sous la pression de l’environnement, le système dynamique crée des singularités topologiques qui deviennent les index  des catégories symboliques traitées par l’instance émergente. Enfin, ces systèmes émergents peuvent se dégrader en complexité et se stabiliser sur des paliers d’organisation plus simple.

 

La reconnaissance de sa primauté comme instance de complexité intégrative induit un changement du focus analytique des relations d’objets vers la relation narcissique. Elle n’implique pas le désintérêt des relations d’objets mais les complète par un focus vers l’anticipation de réalisation de soi. Elle explique l’efficacité thérapeutique des psychothérapies contemporaines centrées sur l’écoute du soi.

 

En accord avec la proposition de Heinz Kohut, le soi présente une organisation interne avec deux pôles en interaction constante, le soi grandiose, dont la finalité inconsciente est d’être admiré, et une imago parentale idéalisée, dans laquelle le sujet veut se fondre. Le soi grandiose est au service de l’individuation. L’imago parentale idéalisée est au service de la fusion dans les idéologies (systèmes de croyance, illusions politiques, religions) nécessaires à la socialisation. Les deux pôles s’expriment par des parts variables selon les sujets.   

 

 

 

2011

 

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Théorie des attracteurs psychiques

 

 

Résumé. – Par analogie métaphorique avec la théorie des systèmes dynamiques,  on définit un attracteur comme une position de stabilité relative dans l’ensemble dynamique complexe des représentations mentales, des émotions, et de façon générale de l’ensemble des états mentaux. Un attracteur attire vers une stabilité les trajectoires évolutives des pensées, des croyances, des sentiments, des émotions et des fantasmes. Un attracteur peut bifurquer en un autre type d’attracteur, se scinder, se fusionner par résonnance, ou bien être en conflit dynamique avec un ou plusieurs autres attracteurs. 

 

 L’activité psychique, émergente de l'inter-connectivité neuronale, présente des propriétés proches de celles d'un système dynamique comportant  des attracteurs en interaction constante.  Les différents états mentaux résultent des interactions complexes  entre ces attracteurs. Dans certaines conditions, un état mental prend le dessus sur les autres et devient dominant jusqu'à ce qu'une modification des paramètres contrôlant le système le fasse bifurquer vers un autre état.  Ce système dynamique est contrôlé par le déploiement d'une figure de régulation, au sens donné à ce terme  par René Thom, à savoir une structure qui intègre  différents paramètres externes dont certains sont  eux-mêmes sous le contrôle du génome. Cependant,  le génome contrôle les points de bifurcation entre les attracteurs et non l’ensemble du système. En décrivant de cette façon les processus psychiques dans le lexique des systèmes dynamiques complexes,  on peut avancer dans plusieurs directions.

 

La première direction est celle de la compréhension du processus de symbolisation. La génération d’un symbole nouveau est rendue possible par les propriétés de générativité intrinsèque  d’un système dynamique.  La seconde direction est celle des liens avec les sciences cognitives par une meilleure compréhension de la genèse de l’abstraction,  puis par celle de la genèse des objets intentionnels, puis par celle de l’implémentation neuronale des représentations. La troisième direction est celle des liens entre anthropologie et biologie.

 

Les différentes positions de ce système correspondent à des inclusions de phases biocognitives agencées en système. Ce système prépare la relation aux structures dynamiques de la culture. Le développement de l’enfant, muni de ce système dynamique génératif, l’emmène à rencontrer les règles culturelles véhiculées par les systèmes symboliques (systèmes de parenté, d’échanges, langue, éducation, interdits, rituels etc.)..

 

Développement ontogénétique du système. -  La mise en place de ce système dynamique se déroule dans les premiers mois de la vie et correspond en partie aux processus  de développement des relations d'objet décrits par les travaux de Mélanie Klein. Ce système est acquis au cours de la première année puis il se stabilise et reste opératoire toute la vie. Il possède une fonction adaptative centrale: celle de permettre les échanges entre la réalité extérieure et le sujet en gérant la contradiction  entre l'agression (prédation) et amour (sexualité), autonomie et dépendance, et de générer une diversité interindividuelle (variation)  dans les styles cognitifs et donc dans les comportements des individus et de leur production. 

 

Le modèle permet de faire le lien avec le développement de la cognition. L'étude des troubles cognitifs dans la schizophrénie, la paranoïa et la dépression, la manie (et comparativement aux désordres cognitifs lésionnels ou involutifs) montre un fait central : la sortie de l'oscillation PS Û D est toujours liée à une opération d'abstraction cognitive (Celle-ci est problématique en psychologie - voir Arheim, Piaget), soit précisément la génération d'un objet virtuel hypernyme (Origine de la métaphore).

 

Attracteur 1. La phase autistique-esthétique correspond à la forme primaire de clôture du moi. Sur le plan du développement de l’enfant, cet attracteur domine la vie psychique enfant les premiers mois. L'action sur le monde externe est inhibée du fait de l'immaturité neurophysiologique de la réalisation de l'action.  Les qualités des objets du monde externe sont alors perçues par le soi embryonnaire en tant qu'entités primaires déconnectées de l'action et suscitent des émois affectifs intenses d'angoisse ou  inversement de jubilation esthétique car elles sont  biologiquement liées à la figure maternelle de l’attachement.  La perception des objets externes est liée à l’action de saisie manuelle qui peut être exercée sur elles. Percevoir, c’est anticiper la prise. Or, chez le tout petit enfant normal, l’action est immature. Les formes physiques sont perçues comme menaçantes ou au contraire comme intensément attractives. La signification de l'objet n'a pas d'importance.  Les enfants autistes manipulent des objets et leur font subir différents traitements pour générer des effets morphologiques indépendamment de leur usage fonctionnel habituel. On observe parfois aussi en clinique des phénomènes de supra releasers.  L’intensité d’une réaction chez ces enfants est parfois fonction de la métrie de l’objet alors que son élection dépend de sa topologie. Cette position a été décrite par les travaux  de psychanalystes sur l’autisme infantile.   Il existe une confusion dans l’image inconsciente du corps entre l’intérieur et l’extérieur. Les enfants autistes montrent ainsi des confusions topologiques constantes. Tout se passe comme si le monde extérieur était un immense corps et que le corps de l’enfant autiste n’était pas représenté psychiquement. Cette position constitue un attracteur générique.

 

Attracteur 2. La position  paranoïde-schizoïde. Cette position a été décrite par la psychanalyste anglaise Mélanie Klein.  On peut lire sa description en cliquant ici : position paranoïde-schizoïde. Le moi est l'objet d'un déferlement elliptique vers la réalité externe pour la constitution de l’objet externe. Ce déferlement guide l'action et son feedback selon le modèle biologique du flagelle cellulaire. L'action informe sur la réalité externe en la modifiant. Cette fonction est acquise ontogénétiquement par un apprentissage impliquant les relations précoces mère-enfant dans la première année. Ces relations mettent en jeu des objets fantasmatiques et sont contrôlées par la recherche du plaisir et la fuite de l'angoisse. Les écarts entre les préconceptions d'action, génétiquement programmées, et la réalisation effective des actions génèrent des affects intenses de déplaisir qui sont ressentis comme toxiques et dangereux par le moi. Ils sont alors expulsés par identification projective au travers des décharges motrices s'accompagnant de fantasmes de destruction. Progressivement la transformation effectuée par la contenance maternelle sur ces comportements procurent un apaisement de l'enfant et lui donne confiance dans sa capacité à penser : c'est-à-dire à retenir des représentations internes sur le flux pulsionnel continu. Le passage de cette position à la position dépressive nécessite une activité psychique d'un objet humain externe.  Dans la terminologie de Bion, (Cf. Le système conceptuel de Bion) les éléments béta prédominent. Ils correspondent à des singularités physiques non sémantisées traitées par les processus perceptifs comme des éléments intermédiaires entre le monde physique et le monde psychique. De façon remarquable, ce phénomène est observable tant dans les psychothérapies d’enfants que dans les analyses d’adultes. Il est aussi invariant quelle que soit l’échelle où l’on observe le phénomène, des interactions intrapsychiques ou somato-psychiques jusqu’aux dynamiques agissantes dans les petits groupes, voire dans les grands groupes. Cette invariance d’échelle nous invite a y lire un processus fondamental de l’organisation du vivant liée à la nécessité de la démarcation de l’entité sur l’environnement et à le rattacher à une dimension fractale.

 

Attracteur 3. La position dépressive. Cette position a été décrite par Mélanie Klein. On peut lire sa description en cliquant ici : position dépressive. Cette position est marquée par une activité interne de transformation accompagnée d'un sentiment intensément douloureux. L'objet est alors perçu sous un double aspect. D'une part, ses propriétés sont disloquées et dispersées dans l'espace de façon discontinue. D'autre part l'objet est perçu de façon entière dans la réalité. Le moi ressent alors un sentiment douloureux  culpabilité à avoir détruit fantasmatiquement l'objet et cherche à  fuir le sentiment douloureux. Ce sentiment de culpabilité est issu de la tension entre le surmoi et le moi. Le sentiment douloureux résulte également du travail de transformation interne. Le passage à la position dépressive correspond à la nécessité d'une modification interne autoplastique alors que l'ensemble des tentatives alloplastiques de transformation de la réalité externe par les fantasmes de la position paranoïde schizoïde ont échoué.

 

Attracteur 4. La phase créatrice-sublimatoire de développement du soi.  De façon remarquable, la sortie de la position dépressive est associée constamment à un phénomène de saut qualitatif. Ce phénomène s’observe soit chez l’enfant en cours de son développement par la génération d’une dimension cognitive nouvelle réorganisant globalement son développement, soit chez l’adulte par la création d’un objet de perspective nouveau organisant globalement le comportement et l’action. Cette phase est marquée par la génération d'un objet conscient de perspective et active une représentation d’anticipation de la réalisation de soi. La génération de cet objet de perspective, qui guide l'intentionnalité globale de l'activité du sujet est sous-tendue par l'intentionnalité inconsciente de la restauration du bon objet interne fantasmatique détruit par l'agressivité. La psychothérapie des enfants permet d’observer ce phénomène de façon constante. Cet objet de perspective est  articulé avec les structures symboliques externes. C'est un objet virtuel pouvant être investi par différents objets culturels eux-mêmes agencés dans des systèmes différentiels. C'est ce processus qui est nommé accès au symbolique dans les théories lacaniennes et néo-lacaniennes. Cette position sublimatoire est essentiellement  dédiée au couplage de l'individu avec les structures symboliques, et d’abord avec celle de la différence des sexes, et donc la castration. La sortie de la position dépressive s’accompagne d’une anticipation de la réalisation de soi impliquant une conscience de sa finitude et de sa filiation généalogique. Ce passage correspond  aux processus de sexuation et de construction de la subjectivité en regard des oppositions structurales de la différence des sexes, des rapports œdipiens. Sur le plan cognitif, l'activation de cette position sous-tend le développement de la cognition en direction de l'abstraction progrédiente. Les concepts s'agencent entre eux par héritage de propriétés. Cette activation présente plusieurs faces dont le renversement des qualités topologiques et de textures et de couleur (caractéristiques biologiques fondamentales) en qualité seconde des objets métriques et des concepts. La persistance de ces processus de création et de développement générique des abstractions ainsi que la persistance d’une oscillation entre les moments paranoïdes-schizoïdes et les moments dépressifs amènent à penser qu’il existe un système actif oscillant entre des positions attractives qui entretient régulièrement cette générativité.

 

L’oscillation inter positionnelle. -  Les deux positions PS et D constituent un système dynamique oscillant (PS Û D). Il permet à partir du flux continu  et conflictuel des pulsions de vie et de mort de générer un appareil psychique organisé en instances. Il permet  la cogestion de l'espace individuel et des systèmes symboliques externes. Le "surmoi" est l'instance intériorisée des interdits parentaux eux-mêmes vecteurs des règles culturelles. Or cette intériorisation  n'est pas évidente à comprendre si on ne possède pas une bonne théorie du passage d'un objet symbolique externe à l'intérieur d'une organisation telle que le moi. La structure dynamique faisant alterner des moments de projection et d'introjection permet  ce passage. Ce système  est déterminé par la nécessité du couplage entre un organisme et le monde externe. Ce couplage ne peut s'effectuer par la mise au travail à l'intérieur de l'organisme d'une fraction représentative du monde externe. Ce processus s'effectue dans tous les systèmes cognitifs (par exemple : le système immunitaire). Dans le cas de la relation de l'individu enfant avec le monde des autres humains, ce processus nécessite la création d'un surmoi dont les précurseurs (Objets internes partiels) sont internalisés au cours de la première année.  La phase d'acquisition passe par deux stades successifs mais en phase d'état, les positions coexistent et se virtualisent mutuellement. Il se produit une oscillation entre les deux positions dont le sujet ne peut sortir qu'en empruntant des chemins différents. Certains de ces chemins conduisent à des stases psychopathologiques montrant le grossissement des processus de défense. Un autre chemin (à mi course entre les deux positions) conduit à la position sublimatoire (la plus instable) mais qui permet sur le plan cognitif la création d'une dimension nouvelle strictement idiosyncrasique.

 

Publié dans Psychopathologie et complexité

et repris sous une forme modifiée dans La complexité de soi

 

La psychopathologie comme paysage d’attracteurs

 

Au lieu de considérer les formes pathologiques comme s’excluant l’une et l’autre, nous proposons de voir la psychopathologie comme un paysage d’attracteurs dynamiques correspondant chacun aux grandes entités cliniques. Les pathologies franches correspondent à des confinements (points de fixation dans la terminologie psychanalytique) dans un des attracteurs. Leur existence est liée à une détermination génétique partielle. Celle-ci est liée à la valeur adaptative potentielle de ces attracteurs.

 

La potentialité schizoïde permet de mettre à bas une organisation symbolique et sociale et d’un construire une nouvelle (group splitting). La potentialité autistique permet  le déploiement d’une cognition différente avec une relation singulière à l’espace temps (Cf. éloge de la pensée autiste). Une organisation psychique normale émerge de ces attracteurs sans être confinée dans l’un d’entre eux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le diagramme se lit à partir du cercle central noté E1 symbolisant l’état « normal »  du développement du soi. C’est une position instable qui ne peut se maintenir durablement. De façon générale, le soi en développement (« fuyant » l’instabilité) tente (chemin 1) d’accéder à la position E2 correspondant à cet état où il lui est possible de construire au travers du processus X des relations symboliques congruentes avec les systèmes symboliques environnants (culture, langue).

 

Si cette tentative échoue  - l’échec est symbolisé par la double barre transversale – et le soi  est obligé de rebrousser chemin (2) vers l’état antérieur E1. Ce trajet (1–2) peut se répéter mais l’instabilité de la position E1 amène une bifurcation du système tendant vers l’attracteur autistique E0 (chemin 3). 

 

Les schizophrènes qui suivent le trajet (1-3) sont ceux que la psychiatrie a étiqueté comme déficitaires et où prédominent les symptômes négatifs évoluant vers la catatonie autistique. Le système peut s’orienter vers une autre position, notée E3 sur le diagramme, correspondant à la création de nouvelles constructions symboliques (chemin 4) générées par la potentialité schizoïde. Délire systématisé, hallucination, néologisme, construction théorique paranoïde, construction de systèmes religieux sont les productions de cette position.

 

Dans certains cas, cette néo-construction symbolique permet au sujet d’exercer une fonction schizoïde adaptée aux circonstances et d’obtenir une forme de guérison. Certains sujets peuvent se stabiliser dans cette position (psychose hallucinatoire chronique) mais dans la plupart des cas, cette position reste instable et évolue naturellement vers une régression vers la position autistique  E0 (chemin 5). Depuis les neuroleptiques, ce chemin est détourné et l’évolution s’oriente vers la position dépressive (chemin 6).

 

Généralement, cette position est instable et le sujet schizophrène retourne vers la position de départ (chemin 7). D’autres cycles peuvent alors se produire. La cinétique des cycles est  variable puisqu’elle peut se réaliser à l’échelle de quelques semaines comme dans le cas des bouffées délirantes ou d’une vie entière. Dans le cas des bouffées délirantes isolées, le soi a pu refranchir sans encombre la barrière pour parvenir à la position E2 (chemin 8) et à la normalité. Les chemins 9 et 10 ont été représentés pour symboliser les évolutions possibles à partir de la position E2. La position  E2 n’est jamais atteinte une fois pour toutes, puisqu’il s’agit de l’état à un temps donné du système. Elle est donc amenée à évoluer vers la position dépressive (chemin à deux voies 9).

 

Enfin, il existe  un lien direct, non représenté, entre la position E2 et la position E0 dans la mesure où les allers et  retours à l’isolement autistique (dans le rêve par exemple, mais aussi dans l’expérience esthétique) est une condition de la création.

 

Tests potentiels de réfutation

 

Il est possible vs impossible  de faire bifurquer artificiellement le sujet d’un état psychique dominé par un attracteur vers un autre dans les situations de psychoses expérimentales comme dans les prises de drogues psychotropes, mais aussi dans les privations sensorielles. Une modification d’un paramètre externe permet au système de bifurquer et de sauter d’un état dominé par un attracteur à un autre.

 

 

Publié dans psychopathologie et complexité

et repris sous une forme modifiée dans La complexité de soi

 

2011

 

 

 

 

 

 

 

Littérature pour la jeunesse et formes canoniques

 

À partir de l’analyse sémiotique d’Harry Potter, nous développons une interprétation de son impact dans la culture contemporaine. La construction modulaire du récit, la simplification de l’espace temps, le binarisme des personnages rapprochent la construction narrative au plus près du carré sémiotique (Greimas). La proximité de la structure narrative crée une efficacité symbolique majeure expliquant en partie le succès de l’œuvre. Les thématiques de la magie et les composantes mythiques complètent cette attraction.

 

L’enchantement Harry Potter ou la psychologie de l’enfant nouveau,  Hachette Littérature,  2002.

 

La publication du livre entraîne des communications dans le champ de la littérature pour la jeunesse et d’autres textes publiés dans différentes revues et réunis dans la première partie de la complexité de soi.

 

 

 

 

 

 

 

Surdité et Sciences Humaines

 

La psychothérapie et la psychanalyse des personnes sourdes impliquent une approche phénoménologique de l’expérience du silence. Celle-ci implique la compréhension empathique du rapport perceptif aux évènements, une relativisation ethnoculturelle de la notion de sensitivité que l’on prête aux personnes sourdes ainsi que la compréhension du phénomène du pas hors de l’instant. Les personnes sourdes ont le sentiment d’être toujours un pas à coté de l’instant partagé par les entendants.

« Expérience perceptive et subjectivité » , À propos du cas des personnes sourds, Expérience Subjective du handicap somatique, Éditions du CTNERHI, 2003.

Cf. l’ouvrage Surdité et Sciences Humaines, L’Harmattan, 2009

 

2009

 

 

 

 

Cyberpsychologie

 

L’immersion du sujet dans la réalité virtuelle est une construction subjective par attribution intentionnelle. Elle est favorisée par l’existence de phénomènes aléatoires dans les mondes virtuels. Le sentiment de réalité est liée à l’imprévisibilité des évènements Elle est associée à un investissement psychique qui peut être mobilisé dans le cadre psychothérapeutique par une immersion conjointe : processus couplant l’attention conjointe à la construction partagée d’une néo réalité transitoire, et permettant une expression de désirs contrainte par les limites des mondes virtuels. Les psychothérapies analytiques avec la médiation des jeux vidéo sont centrées sur l’anticipation de la réalisation de soi et engagent donc une dimension essentiellement narcissique, mais les relations d’objets ne sont pas négligées et sont observables dans le transfert sur le thérapeute comme dans le choix des avatars, des objets, des scenarios.

 

L’utilisation de l’immersion dans les remédiations cognitives assistées par réalité virtuelle offre la possibilité d’une cognition écologiquement orientée, efficace pour la remobilisation des motivations pour les apprentissages et l’exercice de la pensée. Elle concourt à l’amélioration de l’estime de soi.

 

Thèses développées  dans deux ouvrages

 

Du bon usage des jeux vidéo et autres aventures virtuelles  2003

Cyberpsychologie (avec Adrian Radillo) 2010

 

Articles et communications diverses

 

2013 Article de fond La technique des jeux vidéo en psychothérapie

 

 

 

2003

 

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Schizophrénie et organisation sémantique

 

Il existe un lien significatif entre les formes d’organisation sémantiques et la schizophrénie en les analysant par un programme en LISP développé par nous pour la construction et l’évaluation de réseaux sémantiques. Les schizophrènes créent des réseaux sémantiques construits sur des subversions des interfaces catégorielles.

 

Semantic links between single words in schizophrenia

An artificial intelligence approach

 

The aim of this study is to explore the semantic associations in schizophrenia through a computational semantic network. We analyzed the data from two tasks, continuous association task without single stimulus word and phonological verbal fluency (formal lexical evocation with a letter stimulus) through a artificial semantic network (LISP language). This network definited and computed the semantic inter-words links and made queries about the different semantic levels of the responses performed by 22  shizophrenics and 17 normal controls.  Results show a cluster constriction in continuous association task and more irrelevant responses (already said words) in the schizophrenics in the two tasks. In the  continuous association task, the semantic links using an mental  imagery evocation, and consequently a more longer inter-words time, were significantly lower in schizophrenic patients than in control subjects. Finally we found some differences in the organization of semantic categories between the two groups in relation with stereotypic responses.

 

Recherche sur la schizophrénie dans le cadre d’une unité de l’Inserm (imagerie fonctionnelle et psychopathologie), sur les organisations sémantiques des patients schizophrènes en lien avec les activations cérébrales relevées au Pet-Scan

 

 

 

2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le voyage intérieur de Charles Darwin

 Essai sur la genèse psychologique d’une œuvre scientifique

 

À partir d’une lecture de l’œuvre de Darwin, et en particulier son autobiographie et le récit du voyage du Beagle, nous proposons une interprétation psychanalytique de la genèse de sa pensée scientifique. La personnalité de Darwin est marquée par une passion de la collection, un doute permanent, des formations réactionnelles fortes contre la cruauté et la culpabilité (conflit avec son père). Le doute et la culpabilité, vécus par Darwin pendant l'élaboration de la théorie de l'origine des espèces ont été  motivés par la transgression  apportée par cette thèse. Elle entraîne à mettre à bas le père des pères, à savoir Dieu. C'est  au prix d’une négation du meurtre symbolique du père que l'anthropologie darwinienne du gradualisme a pu naître.  Cependant, cet acte permet la création d’une structure nouvelle. L’arbre taxonomique des espèces, cœur logique de la théorie, est une structure cognitive permettant l’organisation  continue dans le temps des singularités de la nature dispersées dans l’espace.  Cette structure possédant une puissance  générative  qui lui permet de traiter de nouveaux faits et de les intégrer  de façon rationnelle aux données préexistantes. La sublimation scientifique exige le refoulement des forces pulsionnelles qui lui ont donné naissance et la mise à distance des objets internes qui ont sollicité son émergence.  

 

Le voyage intérieur de Charles Darwin, Essai sur la genèse psychologique d’une œuvre scientifique, Éditions des archives contemporaines, Paris, 2000.

 

 

2000

 

 

 

Confusions phonétiques et perception catégorielle

 

L’analyse de corpus de confusions phonétiques réalisées par des patients malentendants ainsi que celles réalisées au travers de systèmes électroniques  de transmission nous permet de discuter les modèles de la perception catégorielle. Il existe des confusions phonétiques caractéristiques des distorsions spécifiques des  différents systèmes de transmission (distorsions temporelles, spectrales). Le champ auditif est structuré par un réseau d’interfaces de catégorisation phonétique. Les traits distinctifs de Jakobson et les indices acoustiques de Delattre contrôlent les interfaces de catégorisation. Le champ auditif est stratifié en point réguliers (amorphes) et en points singuliers (contrôles de catégorisation). Extension sur les liens entre le symbolique, réseau dynamique d’oppositions catégorielles, et la perception.

 

Jury :  René Gsell, Jean Petitot

Publiée en partie dans  Psychologie de la surdité

 

Thèse de doctorat Sciences du Langage Paris III (ancien régime - Ph D)

Puis activités de communication et recherche dans un laboratoire d’audioprothèse, conception et développement d’un logiciel d’analyse automatique des confusions phonétiques ANAPRO.

 

 

 

Interfaces de catégorisation séparant les zones de projection des traits distinctifs acoustiques établies grâce à l’analyse informatique par ANAPRO de vastes corpus du confusions phonétiques. Cf. Psychologie de la surdité 

 

 

1992

 

 

 

Morphogenèse des stéréotypies motrices

 

L’analyse sémiotique d’un corpus d’une quarantaine de stéréotypies motrices d’enfants autistes et d’enfants sourds aveugles nous permet d’établir une typologie bâtie sur le type de mouvement, les localisations et les configurations de mains (en lien avec les paramètres de formation de la langue des signes des sourds). L’application d’un modèle de la dynamique qualitative permet d’interpréter ces stéréotypies comme des exfoliations de dynamiques psychiques internes et de les mettre en relation avec les schémas actanciels de la théorie des catastrophes. Applications en psychothérapie psychanalytique de l’autisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans

Sciences cognitives et psychanalyse

Plusieurs publications et une référence  (tableau) dans le traité de Psychopathologie de Wildlöcher (chapitre de Houzel).

 

 

1995

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1995

 

 

Transmission psychosomatique

 

L’analyse qualitative du discours  et des associations de pensée de femmes recueillies en entretiens semi-dirigés et  débutant un programme de FIV (fécondation in vitro) nous incite à proposer une hypothèse explicative des échecs de nidation. Des fantasmes inconscients se réalisent somatiquement par la propagation de schèmes dynamiques dans le système immunitaire. Nous spéculons sur les analogies entre les formes sémantiques du discours et les processus morphodynamiques existant dans les dynamiques immunitaires (psycho immunologie).  L’intérêt de l’hypothèse est  méthodique pour la psychosomatique. Elle considère la possibilité d’une transmission de formes dynamiques (fusion, scission, excision, exfoliation) entre l’inconscient et les espaces physiologiques. Le refoulement laisse passer la dynamique actancielle que l’on retrouve dans les formations de compromis et les symptômes.

 

 

Publié dans Sciences cognitives et psychanalyse

 

 

Surdité et épistémologie

 

L’analyse systématique des références aux sourds muets dans l’histoire des idées, et principalement  dans la philosophie de la connaissance, de l’antiquité jusqu’à l’époque contemporaine, nous permet de conclure sur deux points :

 

1.    L’iconicité de la langue des signes est perçue  comme la révélation d’une langue naturelle dévoilant l’essence des choses (XVIIIème) puis devient un obstacle au développement d’un discours positiviste sur le langage (XIXème). L’acceptation de la langue des signes dans la linguistique structurale  se réalise au prix de la dévaluation de l’iconicité, jusqu’à sa reprise en compte par les sciences cognitives contemporaines. L’iconicité des signes gestuels présente au regard les primitives sémiotiques (en 3 D) sous-jacentes aux représentations mentales. 

 

2.    L’ambivalence de la culture vis-à-vis de l’iconicité est en lien avec sa proximité des processus psychiques inconscients : figuration spatiale du temps, motivation iconique du signe, figurabilité,  symbolisme commun au rêve.

 

Une cure analytique approfondie d’un patient sourd et muet révèle l’importance des traces pictogrammatiques que l’on rapproche des singularités morphodynamiques de la théorie des catastrophes de René Thom.  Nous proposons un apport métapsychologique : le refoulement laisse passer la dynamique actancielle (scission, bifurcation, fusion, excision) que l’on retrouve comme ossature signifiante dans les formations de compromis et les symptômes névrotiques.

 

Thèse de doctorat Psychopathologie Paris VII (ancien régime – Ph D)

 

Directeur de thèse : Jacques Gagey

Jury :  Christian Cuxac, Jean-Louis Lang, Jacques Cosnier

 

Publiée en partie dans Figures du silence (1990)  et dans Psychologie de la surdité (2006, troisième édition) – Plusieurs articles dans des revues spécialisées en surdité.

 

Puis en 2009, Surdité et Sciences Humaines recueil de textes et d’articles

 

 

1989

 

 

 

 

 Thèses et travaux                Publications                    Retour page d’accueil      ãBenoit Virole        



[1] Gibson J.J., « The Theory of Affordances », in R. Shaw et J. Bransford (éds.), Perceiving, Acting and Knowing. Toward an Ecological Psychology, Hillsdale, NJ, Lawrence Erlbaum Associates, 1977. En termes husserliens, les affordances correspondent à la catégorie de la praxis antéprédicative, c'est-à-dire la couche originaire de sens liée à la manipulation des choses. Husserl a énoncé, par la méthode de  l'épochè phénoménologique, des thèses qui sont se révélées réelles par l'approche scientifique des sciences cognitives.

[2] Les atteintes vestibulaires peuvent être observées chez l’enfant en dehors de toute notion de surdité mais on estime que 20 % des surdités profondes sont associées à une aréflexie vestibulaire et 40 % à un déficit partiel.