Études universitaires, évaluations  et recherches scientifiques

en psychologie et linguistique sur la surdité

 

Méthodologie générale

 

Benoît Virole

www.benoitvirole.com

 

01/03/2007

 

 

 

 La surdité est un objet scientifique complexe, multidimensionnel, nécessitant des précautions méthodologiques précises afin d’éviter des effets de réduction, des contres sens, des généralisations abusives, et des résultats triviaux. Selon nous, la plupart des études comparatives entre sujets sourds et sujets entendants sont infécondes et débouchent sur des résultats triviaux car elles méconnaissent la différences qualitatives dans les processus  de développement, tant psychologiques que linguistiques. Un sujet sourd n’est pas un sujet entendant auquel il manque l’audition.

 

C’est un sujet au développement spécifique, non réductible à l’effet d’un manque, mais relevant d’une positivité intrinsèque. Ainsi, le développement de la symbolisation gestuelle chez l’enfant sourd profond, et de ses effets sur la cognition, ne peut être abordé par une étude comparative avec l’enfant développant le langage oral. Les deux lignes de développement sont spécifiques et ne peuvent être déduites l’une de l’autre.

 

En matière de connaissance de la surdité,  seule la monographie descriptive  présente une valeur réelle. Tout le reste n’est que construction naïve, ignorante de l’altérité de la surdité, et se réduit à des vacuités qui encombrent la majeure partie des travaux universitaires et de recherche. Par exemple, parmi ces travaux, on voit beaucoup de textes essayer de spécifier de façon comparative des particularités du dessin des enfants sourds. Sur ce plan, rappelons que les différences interindividuelles sur le plan des praxies et des compétences graphiques noient complètement la variable sourd / entendant. Il est donc tout à fait absurde, et faux sur le plan méthodologique, espérer mettre en évidence des différences éventuelles à partir de la comparaison de petits groupes d’enfants sourds et entendants. La même remarque vaut pour les autres compétences tant en psychologie du développement qu’en orthophonie ou science du langage. Il faut beaucoup mieux, et de loin, réaliser des descriptions approfondies sur le plan clinique, même sur un cas unique, en mettant en perspectives les performances observables avec les autres variables cliniques, environnementales et développementales. La mode des études statistiques, soi-disant objectives, qui sévit actuellement dans les universités françaises, les instituts de formation d’orthophonistes et à l’Inserm (où règne la méconnaissance absolue de la complexité de la clinique au nom du néo-positivisme, souvent haineux, de la psychanalyse) est une voie d’impasse qui conduit à l’ignorance et à la déification d’une pseudo scientificité. Le fort volume apparent de la littérature cognitive  et linguistique (articles)  sur la surdité ne doit pas faire illusion. La plupart du temps, ces articles ne contiennent rien d’intéressant, sont parfaitement triviaux et passent à coté de l’essence du phénomène. La surdité est une condition de développement qui permet à des processus adaptatifs originaux de se déployer (langue des signes, symbolisation iconique, identification groupale, liens sociaux particuliers, etc.).

 

Les études comparatives sourds / entendants réalisées  sur de petits groupes avec des tests statistiques de type ANOVA / MANOVA (ou autres  student t test, X2, etc.)   sont la plupart du temps invalides car elles ne prennent en compte  ni l’hétérogénéité clinique de la surdité, ni la spécificité des lignes de développement du sujet sourd, tant sur le plan du langage que de la cognition. En tous états de cause, l’homogénéisation d’un groupe clinique de sujets sourds devrait tenir compte au moins de l’ensemble des critères suivants :

 

1.     âge

2.     Sexe

3.     Niveau socioculturel de l’environnement

4.     Date d’acquisition de la surdité (sur la meilleure oreille en cas de perte binaurale asymétrique)

5.     Niveau d’audition sur la meilleure oreille sur les différentes fréquences de l’audiogramme clinique

6.     Étiologie de la surdité (existence de syndrome, de répercussion neuropsychologique, etc.)

7.     Environnement linguistique précoce (familles entendantes, familles sourds LSF, bilinguisme langues orales,…)

8.     Date d’appareillage ou d’implantation

9.     Conditions réelles de port prothétique ou d’implant

10.            Type d’éducation et de projet linguistique

11.            Type de langue utilisée en expression spontanée par le sujet

12.            Niveau de langue des signes ou d’expression gestuelle

 

On mesure alors l’extrême difficulté à constituer un groupe homogène, rendant ainsi illusoires les études comparatives sur les sourds. Encore une fois, la monographie sur un cas unique ou sur un petit nombre de cas, sans prétentions statistique, est de loin très préférable, n’en déplaisent à l’Université…et à l’Inserm…