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Dernier ouvrage paru

 

 

 

La complexité de soi Benoît Virole

 

332 pages papier ivoire,

 couverture toilée bleu marine,  cousu

ISBN : 978-2-9528925-5-1

Charielleditions - France

Prix de vente 35 euros

 

BON DE COMMANDE

 

Ouvrage de fond – Théorique et clinique

 

MODELE DE W. BION

 

A partir de la clinique des patients psychotiques, Bion a montré que  le patient projette une partie de son self dans l'analyste (ou dans le setting analytique) à travers un organe sensoriel qui fonctionne fantasmatiquement comme un organe d'expulsion. Les parties expulsées deviennent alors des "objets bizarres". La partie du self projeté encapsule un objet externe qui prend alors les caractéristiques de la partie projetée et devient un objet bizarre. Ces objets bizarres sont utilisés comme des prototypes d'idées, puis de mots, qui seront eux-mêmes ressentis comme des choses. Ainsi l'identification projective empêche l'introjection. Le patient ne peut ni introjecter des objets, ni les synthétiser. Il ne peut que les agglomérer entre eux. Cet agglomérat est à la source du délire.

La relation du nourrisson à sa mère se fait par le mécanisme de l'identification projective. Bion distingue une identification projective normale ("réaliste") et une identification projective pathologique ( "excessive"). L'enfant projette dans le sein ou dans la mère les parties de sa personnalité qui sont pour lui inassimilables psychiquement. Ce sont les éléments bêta que la mère doit transformer en éléments alpha assimilables psychiquement. La liaison entre les éléments alpha permet de constituer une membrane délimitant les processus conscients et inconscients. L'enfant intériorise non seulement les éléments alpha mais aussi la fonction alpha elle-même lui permettant alors de métaboliser les éléments de son vécu. Bion décrit deux mécanismes dans ce processus de transformation :

1. Le mécanisme contenant/ contenu. Des parties du Self, d'origine sensorielles, inassimilables psychiquement,  sont projetées dans un objet contenant. Le setting analytique constitue alors l'équivalent du self maternel.

2. Le mécanisme PS  - PD permet la transformation des éléments dispersés, sans lien entre eux, en des éléments liés, à travers la position dépressive. Cette transformation est due à l'abandon de certaines qualités sensorielles des objets. C'est par ce processus que se créent les symboles.

Si une partie de la personnalité ne subit pas ses transformations, elle demeure dans un mode de fonctionnement psychotique. C'est cette partie du Self qui contient l'envie, telle qu'elle a été décrite par Klein. C'est l'expression destructrice liée à la pulsion de mort qui vise à détruire le bon objet ou la bonté de l'objet de et à le dépouiller de toute vie et d'abord de toute signification.

 

Construction de la pensée selon W. Bion

 

q       Il s'agit d'un modèle à deux paramètres. Le premier paramètre est la tolérance à la frustration et correspond à l'attente de l'objet désiré. Le deuxième paramètre est la conscience de l'absence de l'objet. Les deux paramètres contrôlent la génération des processus de pensée au travers d'une rétroaction fondamentale entre la tolérance à la frustration et l'élaboration de la pensée.

q       Si la tolérance à la frustration décroît alors l'absence de l'objet devient  le mauvais objet interne et est ressentie comme une persécution interne qui doit être évacuée à l'extérieur. Cette évacuation prend la forme de l'identification projective pathologique qui est à la base des processus délirants. La distinction entre le soi et l'objet externe devient confuse en raison de la violence des projections. Il en résulte une incapacité à abstraire les attributs de l'objet.

q       Si la tolérance à la frustration est insuffisante alors un mécanisme de rétroaction négative entre en jeu qui tend à maximiser l'intolérance par l'expulsion des esquisses de pensée et les attaques destructives contre les organes perceptifs. Ce processus aboutit aux processus de dissociation observables dans les psychoses dissociatives.

q       Si la tolérance à la frustration est insuffisante pour l'acceptation de la réalité du manque de l'objet (principe de réalité) mais qu'elle permet l'élaboration et la manipulation de pensées, il s'en suit la construction d'un fantasme d'omniscience se substituant à l'épreuve de réalité. Ce processus correspond aux dysharmonies dévolution.

q       L'enfant vient au monde avec une préconception, sous la forme de programmes moteurs préformés, codés génétiquement. Dès la naissance, un écart se constitue entre la préconception et la réalisation. Cet écart est dû que l'état d'activation du programme moteur est entretenu par la pulsion qui présente un caractère continu quoique pouvant avoir des fluctuations d'intensité. Cependant l'objet visé par le programme moteur est lui discontinu. Il peut être absent ou présent. De plus, la réalisation du programme moteur est toujours défectueuse par rapport au projet. Entre la préconception et sa réalisation s'interposent des sensations d'efforts liées à la résistance musculaire (la kinesthésie) et à la résistance des objets extérieurs qui exercent une résistance du fait de leurs propriétés physiques (poids, masse, impénétrabilité).

q       Cet écart génère alors un sentiment d'existence par la différenciation entre le soi et le non soi. Cet écart est source de déplaisir. En vertu du principe fondamental de plaisir, l'enfant va alors chercher à réduire cet éprouvé de déplaisir en développant  d'abord une hallucination de l'expérience de satisfaction, puis sur cette base, une activité de pensée. Cependant l'hallucination de la satisfaction reste décevante. Elle ne permet pas de contrecarrer le déplaisir. Elle doit donc être inhibée par l'enfant doit découvrir d'autres moyens pour réduire l'écart. Il s'en suit une orientation vers l'action et la transformation du monde extérieur. Cependant la satisfaction obtenue par l'action n'est jamais non plus totale. L'objet trouvé n'est jamais l'équivalent de l'objet préconçu et son appropriation est toujours source d'efforts et de déplaisir.  Il faut alors inhiber la sensation de désir et donc refouler la pulsion . Ce processus aboutit alors aux multiples déplacement de la pulsion. Il peut s'en suivre une inhibition de la motricité et une recherche fantasmatique de satisfaction. L'anorexie du nourrisson comme refus de l'acte de téter et  refuge dans l'hallucination peut se comprendre par ce processus (d'après Hochmann). Il peut s'en suivre aussi l'investissement de pensée comme source spécifique de plaisir. L'enfant découvre que dans l'écart entre préconception et réalisation, il existe  d'une part une activité de représentation du but à atteindre et d'autre part, la construction de cette représentation donne du plaisir. Hochmann propose d'appeler cette activité à la source de la pensée, l'auto-érotisme mental.

q       Dans ce cadre théorique, il devient nécessaire d'expliquer comment un écart source de déplaisir peut devenir une activité de penser source de plaisir. Cette transformation se réalise au travers d'un processus d'échange entre l'enfant et sa mère. L'enfant soumis à la frustration de l'écart rejette les sensations de déplaisir à l'extérieur par sa motricité, des cris, sa défécations, ses régurgitations. Ces décharges sont alors métaphorisées par la mère (par la rêverie maternelle) et retraduits par elle sous la forme d'éléments assimilables par l'enfant. L'Objet transitionnel prend ici sa place de support de cette transformation (ainsi que l'object-presenting).

q       Ce processus ferait défaut chez l'enfant autiste. Comme ce processus est  systémique et implique un grand nombre de paramètres, il est possible d'envisager des causalités multiples et complexes à l'autisme tant génétiques que découlant de troubles du processus intractif.

q       Ce modèle est en phase avec les données venant de l'observation des enfants jouant aux jeux vidéo. Considérons un jeu vidéo comportant un actant mobile dans un monde muni d'objets. L'enfant se projette sur l'actant mobile par identification projective. En effet, tout actant mobile devient un attracteur pour la personnification que celui-ci soit anthropomorphe ou  pas. Ensuite les objets placés dans le monde virtuel évoquent des activations de représentations de mouvements. Elles sont  en grande partie déclenchées du fait du caractère topologique de ces objets (un trou évoque la pénétration d'un actant, une forme longue évoque la saisie possible etc.). En effet, la perception de singularités déclenche des programmes de planification d'action. Par exemple, la perception d'une forme est couplée avec l'extraction du contour apparent permettant la prise manuelle de l'objet. en quelque sorte percevoir, c'est anticiper virtuellement l'action de préhension. Or dans les jeux vidéo, la réalisation de ces actes virtuels s'effectuent par une action motrice limitée sur le plan moteur, sans aucun rapport qualitatif et quantitatif avec les actions réelles. Le feedback neuromoteur est  faible mais le plaisir à la réalisation de l'acte est éprouvé néanmoins. Cette économie est source de plaisir et facilite ainsi l'apprentissage de notions cognitives par le développement d'un espace interne où ces notions peuvent être expérimentées sans déplaisir. Ici réside l'intérêt scientifique profond des médiations par les jeux vidéo. Elle réduisent l'écart entre préconception et réalisation et sont ainsi source d'un plaisir immédiat de pensée. Cependant cette forme de cognition et les nouvelles structures de pensées sont clairement en décalage avec les valeurs et les attentes traditionnelles qui n'ont pas encore pris la mesure de la révolution informatique.

Références

Bion W. "Théorie de la pensée" Revue française de Psychanalyse, 1966, XXVIII, 1, p.37.

 

Meltzer D. & Harris M. "Les deux modèles du fonctionnement psychique selon M. Klein et W.R Bion", Revue française de Psychanalyse, 1980, N°2, pp; 329-367.

 

 

THEORIE DE F. TUSTIN

 

La discontinuité entre self et objet est ressentie comme un arrachement non seulement de l'objet mais aussi d'une partie du corps propre de l'enfant, laissant alors un trou noir persécuteur. Pour lutter contre cet arrachement, l'enfant met en place une sorte de coquille autistique pour nier toute séparation et toute altérité. Cette coquille est construite à partir de formes autistiques et d'objets autistiques.

 

Les formes autistiques sont des impressions que l'enfant se crée à lui-même par ses propres sécrétions ou mouvements.

 

Les objets autistiques sont des objets concrets du monde extérieur que l'enfant utilise pour ses qualités sensorielles qui lui permettent de créer des formes autistiques.

 

THEORIE DE G. HAAG

 

Haag a décrit des identifications intracorporelles. Ce sont des représentations ayant trait au fonctionnement corporel. Le fonctionnement des articulations, le fonctionnement du regard, la coordination oculo-manuelle sont quelques unes de ces identifications qui sont défaillantes chez l'enfant autiste. Cette défaillance est à la source des angoisses de l'enfant autiste comme celle d'être séparé en deux hémi-corps.

 

THEORIE DE D.HOUZEL

 

Houzel a proposé le concept d'angoisse de précipitation (1988). Toute relation d'objet suppose un gradient d'énergie psychique entre le Self et l'objet qui est vécu comme un champ d'attraction comparable à un champ gravitationnel. Ce champ d'attraction est ressenti comme destructeur. Il précipite l'enfant dans un trou sans fond où il se sent menacé d'anéantissement. Pour que ce gradient ne soit pas ressenti comme destructeur, il faut qu'il existe une rencontre psychique avec l'objet. Chaque rencontre crée alors un palier de stabilité qui permet d'avancer dans la construction de la relation d'objet.